COPENHAGUE : LA MAREE MONTE…

La marée des livres, bien entendu. Copenhague a déjà suscité et suscitera un bon gros paquet de publications diverses sur le thème : si c’est pas trop tard, qu’est ce que ça y ressemble….. Noël va être écolo, c’est moi qui vous le dis.

L’édition aime de plus en plus l’écologie. L’édition aime tout ce qui fait vendre du papier depuis que les éditeurs ont compris que les forêts scientifiquement contrôlées étaient des puits à carbone. Plus tu publies, plus tu piéges de gaz carbonique, c’est pas beau ça ? C’est logique : le bilan carbone de l’arbre n’est bon que quand il pousse et qu’il a besoin de carbone pour produire la belle matière ligneuse qui fait de lui un arbre. Là, il le garde. Quand il est mature, le bilan s’équilibre et il faut vite se dépêcher de le couper pour en planter un autre, un tout petit qui deviendra grand en réduisant l’effet de serre. L’édition aime l’écologie, la diffusion s’en fout. Normal : l’édition, c’est les gens qui pensent, ceux qui réfléchissent au devenir de l’humanité. La diffusion, c’est les camions, les entrepôts, la logistique, les mains dans le cambouis. D’un côté Bernard-Henry Lévy, de l’autre Marcel le camionneur. Nicolas Hulot et Kevin le cariste. Le diffuseur, son boulot c’est d’apporter les livres de son dépôt jusqu’au point de vente. Pour ça, depuis une vingtaine d’années, il a tout optimisé et tout automatisé, la facturation, la mise en cartons, la taille des cartons, les feuilles de plastique qui bloquent les livres pour qu’ils ne s’abîment pas, la rotation des tournées. Attention, ça rigole pas. Les magasiniers en blouse grise qui utilisaient des vieux journaux pour bourrer les colis ont définitivement disparu. Alors, les libraires reçoivent des cartons standardisés prévus pour 12 kilos de livres et qui contiennent…. UN volume ! Vous ne me croyez pas ? Demandez aux libraires que vous connaissez. Il n’y a pas de semaine que les diffuseurs ne livrent de cartons remplis à 10% de leur capacité, souvent moins. Un carton de 15 à 20 litres pour livrer 2 livres de poche, avec le plastique thermosoudé qui les bloque, le bon de livraison, le camion, et tout le CO2 qui va avec. Qui a parlé de bilan carbone ? Remarquez, je jette un peu facilement la pierre aux diffuseurs. Ne serait-ce que parce qu’ils sont le plus souvent filiale de l’éditeur. Editeur qui n’est pas très net non plus. Si vous saviez le nombre de livres qui voyagent sans être des livres de voyages. On imprime partout, en Slovénie, en Bulgarie, en Chine, à Singapour, partout où il y a des machines performantes et du personnel sous-payé. Vous voulez un exemple, un bel exemple tout fraîchement sorti des presses ? Ben, le dernier livre d’Arthus-Bertrand sur Paris, il a été imprimé en Chine. Après quoi, il a fait quasiment le tour du monde, en camion de l’imprimerie au port de Shanghai, en conteneur de Shanghai à un quelconque port européen, en camion à nouveau du port à Maurepas, en camion encore de Maurepas au comptoir du libraire. Ça en fait des litres de gas-oil et des volutes de fumée noire pour que vous ayez entre les mains le dernier livre du dernier protecteur de la Planète. Honnêtement, je pense pas qu’il soit au courant le chevalier blanc de la couche d’ozone, mais il pourrait surveiller ses éditeurs. Demander au premier d’entre eux pourquoi il prend grand soin d’imprimer dans le Doubs les livres « sensibles », alors qu’une de ses filiales plus glamour fait travailler les protes chinois (les protes, qui ne sont pas des potes, même si ce sont des camarades). Le libraire, il n’y peut pas grand chose. Juste faire gaffe à ses commandes, juste limiter les retours au maximum (gas-oil à l’aller, gas-oil au retour). Et puis, juste comme d’habitude, juste se demander si on ne se fout pas carrément de sa gueule quand on va imprimer en Pologne un livre pour dénoncer le réchauffement climatique. Inutile de vérifier où a été imprimé mon dernier livre : en Bulgarie. Forcément, je le savais pas. Alors, j’ai piqué une grosse colère et j’ai passé quelques semaines à convaincre mon éditeur qu’il y a des choses qui ne se font pas. Je pense (j’espère) qu’il a compris. Bon, on va aller la faire cette vitrine sur Copenhague. On fait un boulot de rêve dans les médias : on produit de la croissance avec les hérauts de la décroissance. C’est exactement comme chez Maupassant quand les pensionnaires de la Maison Tellier exaltent la vertu en dépensant les gains tirés de leurs charmes. Heureusement qu’on ne lit plus Maupassant…..

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