COUPE DU MONDE

A suivre la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud, on découvre des pépites. Des pépites linguistiques. Les homériques batailles qui se livrent au Zululand peuvent apporter des émerveillements infinis.

Ainsi de ce journaliste qui, évoquant l’équipe de l’Argentine, a su trouver ces mots : « la sélection albicéleste ». Albicéleste ! J’ai d’abord pensé que le mot était forgé car je ne l’ai trouvé dans aucun des sites, dictionnaires et répertoires que j’utilise habituellement. En fait, il s’agit d’une traduction de l’espagnol albicelesto dont l’étymologie est limpide : alba, c’est le blanc, celesto le bleu ciel, les deux couleurs du drapeau et du maillot argentin. De nombreuses équipes ont des maillots aux couleurs de la Vierge. Un Bayonnais parlant de son équipe favorite dira « les Bleus et Blancs » tandis qu’un Marseillais désignera l’OM comme « les Ciels et Blancs ». Parallèle qui permet, au passage, d’expliquer le succès de Didier Deschamps qui démarra comme joueur à Bayonne chez les Bleus et Blancs pour se retrouver entraîneur des Ciels et Blancs. Il n’a pas changé de monde coloré. Mais albicéleste ! un seul mot pour dire deux couleurs, un mot avec de profondes racines étymologiques, un mot qui sonne comme un cantique, un mot qui peut évoquer les angelots et séraphins, la peinture de Giotto ou les motets de Cherubini, un mot qu’on garde en bouche pour en savourer la latinité. Ce mot a une qualité essentielle, il concentre. Il rejette la périphrase, il la condense en un seul vocable, clair et chatoyant. Un tel mot est une rareté. Le vocabulaire sportif est, comme le vocabulaire touristique, le royaume de la périphrase. L’Equipe de France devient facilement « les hommes de Domenech » ou « les équipiers de Thierry Henry ». C’est que la répétition guette le journaliste sportif comme le vautour survole le gnou affaibli. Pour se défendre, la périphrase est une arme efficace, Barthes l’avait montré à propos de « l’Aigle de Tolède » (Federico Bahamontès pour les jeunes lecteurs). Mais il est rare que le discours sportif condense. Sauf dans un cas précis, celui des gentilés (les ethnonymes, si vous préférez). Le lecteur de la presse sportive comprend parfaitement lorsqu’on lui affirme que « le pack berjallien a pris le meilleur sur les Castelroussins ». Ce genre de précision a disparu de tous les discours mais subsiste avec persévérance dans le discours sportif. Il y côtoie toute la théorie des tropes. La métonymie y triomphe puisque un Girondin est un Bordelais, la métaphore permet de parler des « Sang et Or » sans qu’il soit besoin de préciser la ville, la litote est omniprésente (l’Equipe de France manquait de réussite). En fait, le « beau français », celui qui a disparu des quotidiens et hebdomadaires économiques, politiques et même culturels, survit dans la presse sportive pour qui l’antique rhétorique est une réalité quotidienne, une activité vitale, un incessant travail sur la forme qui permet à la Sélection albicéleste d’affronter les Lions indomptables. Il est vrai que le sport baigne dans l’épopée et que l’Equipe retrouve facilement les accents d’Homère et les images de la Chanson de Roland. Quel dommage que les lecteurs de l’Equipe s’en inspirent si peu pour écrire leurs courriels. Vivement la prochaine coupe du monde de football en 2014 au Brésil.

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