Ecrire l’Inde au féminin

L’Inde est un pays particulier. Le statut de la femme en est un parfait exemple. En effet, lorsqu’on est une femme en Inde, on peut être forcée par ses parents à un mariage, on gagne moins bien sa vie, on ne dispose pas des mêmes conditions et droits. Et pourtant…

Pourtant, on peut également être président, premier ministre ou président du parlement. On peut même être une auteure à succès. Depuis quelques années, les auteures indiennes sont de plus en plus reconnues et appréciées. En voici les exemples :

Chitra Banerjee Divakaruni

Née à Calcutta, elle quitte l’Inde à 19 ans pour les Etats-unis. Où encore aujourd’hui, elle est professeur de littérature. Poétesse reconnue, sa culture indienne et l’immigration sont ses sources d’inspiration. Militante, la condition des femmes en Asie du Sud est son cheval de bataille depuis de nombreuses années. Ses oeuvres sont inspirées par la réalité, à laquelle elle ajoute volontiers une touche de magie, de légendaire voire de mystique.

Le palais des illusions

Roman adapté de la célèbre épopée du Mahabharata, il doit son originalité au personnage principale féminin, Draupadi. Si l’auteure respecte la structure de cette grande saga, l’importance des personnages est différente. Au cœur de l’histoire, se tient Draupadi, fille du sage Vyasa. Dans ses questionnements, ses combats, cette femme au cœur des légendes indiennes et des dieux, n’est-elle pas la femme indienne d’aujourd’hui ?

« Tu épouseras les cinq plus grands héros de ton époque. Tu seras la reine des reines, jalousée par les déesses elles-mêmes. Tu seras une domestique. Tu seras maîtresse du plus magique des palais et tu le perdras. »

Editions Philippe Picquier

 

Bulbul Sharma

Bulbul Sharma habite à Delhi où elle enseigne l’art plastique.  Dans ses livres, elle combine ses deux passions. La peinture et l’écriture. Elle a publié notamment de beaux ouvrages sur les arbres ou les oiseaux. Ce qui est assez logique pour une femme surnommée Bulbul, un petit passereau d’Inde. Mais c’est par ses écrits plus épicés que nous la découvrons.

La colère des aubergines

Quelques récits, quelques recettes dans la colère des aubergines. Raconter la cuisine, c’est dévoiler l’intimité d’une maison indienne. Avec ses rapports de force, ses conflits et ses moments de bonheur. Les véritables recettes qu’on retrouve dans le livre en font des récits gastronomiques à dévorer. Plus qu’avec les yeux, c’est avec les papilles gustatives qu’il faut découvrir ce livre.

« Faites bouillir les pommes de terre et coupez-les en petits dés. Faites chauffer le ghî ou l’huile et frire brièvement les graines de carvi, puis les épices en poudre. Jetez les pommes de terre dans la poêle, remuez et ajoutez une tasse d’eau. Laissez mijoter à feu doux et servez chaud avec des puri. »

Editions Philippe Picquier

 

Arundhati Roy

Arundhati passe son enfance dans le Kerala. Elle quitte cette région assez jeune pour errer dans la capitale, gagnant sa vie maigrement. C’est grâce à son mariage qu’elle découvrira l’écriture. Cette auteure est aussi connue pour son engagement. Elle participe à de nombreux combats, notamment pour l’énergie (construction de barrage ou test nucléaire). Elle est de l’activisme pacifique en Inde.

Le Dieu des Petits Riens

De nombreux personnages pour ce premier roman. Les jumeaux Rahel et Estah, la grand-mère Mammachi, l’oncle Chacko ou la grand tante Baby. A travers ces personnages, c’est un livre drôle et plein de poésie qui parle de l’Inde, celle des castes mais aussi celle plus moderne. Ces petits riens sont ces petits moments de bonheur même s’ils peuvent également créer nos grandes frustrations.

« C’était pour son frère Estha que Rahel était revenue. Ils étaient jumeaux. Des faux jumeaux. Des dizygotes, comme disent les docteurs. Nés de deux oeufs distincts mais simultanément fertilisés. Estha  -Esthappen- était l’aîné de dix-huit minutes. Ils ne s’étaient jamais beaucoup ressemblé tous les deux,et même du temps où ils n’étaient encore que des enfants maigres comme des allumettes et plats comme des limandes, dévorés par les vers, affublés d’une houppe à la Elvis Presley. »

Editions Gallimard

Anita Nair

Après une jeunesse à Madras, Anita Nair débute sa carrière d’écrivaine au Bangalore. Grande voyageuse, notamment dans les pays anglo-saxons, elle maitrise en plus de l’anglais pas moins de quatre langues indiennes. Quand viennent les cyclones est son dernier ouvrage en poche mais c’est compartiment pour dames dont je vais vous parler.

 

Compartiment pour dames

Akhila, brahmane de 45 ans, part découvrir le sud de l’Inde en train. Dans ses valises, ses propres doutes. Dans le compartiment pour dames où elle se trouve, l’intimité entre les femmes se crée. Les six femmes de ce roman, d’origines et de conditions différentes nous racontent leur vie. Comme un compartiment de train, ce roman nous présente le cloisonnement de la société indienne.

« Elles ont toutes besoin autant que moi de justifier leurs échecs. C’est en explorant la texture de la vie des autres, en cherchant des ressemblances, susceptibles de connecter nos vies entre elles, que nous essayons de nous libérer d’un sentiment de culpabilité à l’égard de ce que nous sommes et de ce que nous sommes devenues. »

 Editions Philippe Picquier

 

Plus jeune je voulais être compagnon d'armes d'Hemingway, navigateur sur le Snark aux côtés de London et explorer la jungle birmane avec Kessel.

2 Comments

  • Répondre octobre 30, 2013

    SANGUINETTI Prunelle

    Grâce au hasard des rencontres, on échange, on découvre, …
    Je lirai avec plaisir « La colère des aubergines » et le « Le palais des illusions »

    J’espère que vous aurez tout autant de plaisir à découvrir : « Mes seuls dieux « de Anjana Appachana

    En rupture avec la respectabilité des conventions, le système des castes et le poids de la bureaucratie provinciale, nous rentrons au coeur même de la sensibilité féminine indienne si proche de la nôtre dans ses aspirations, tout en nous invitant au voyage …

    Ce fut un plaisir …
    Prunelle

    • Répondre octobre 30, 2013

      Baptiste Gros

      Sitôt dit, sîtôt fait.
      Le livre arrive sous peu. C’est promis, Mes seuls dieux sont en haut de la pile de lecture.
      Plaisir partagé.

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